Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie (livre)

Un article de Forums sur l'exclusion sociale.

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Présentation de l'éditeur

«J'ai travaillé auprès des sans-abri de 1984 à 1990. En 1987, mon père s'est trouvé à la rue, est resté sans-abri près de cinq ans.» Nick Flynn n'avait pas connu son père. Ce dernier, écrivain sans oeuvre un brin mythomane, menait une vie de bohème et de petits trafics, tandis que son fils, lui-même apprenti poète, traversait une jeunesse instable et ponctuée de drames. Jusqu'à leur rencontre dans un asile pour SDF de Boston. Les souvenirs affluent alors, en désordre, à l'image d'un roman familial chaotique. Pour autant, ce livre ne se réduit ni à un document social sur la misère urbaine, ni à un simple récit autobiographique. S'il rend dignité et parole à toute une humanité souffrante, il s'agit avant tout d'une méditation de poète sur la filiation, hantée par le spectre du roi Lear et les échos de Beckett. Sans apitoiement, dans une langue fulgurante, Nick Flynn use tour à tour de toutes les formes littéraires pour cerner enfin la mythique figure paternelle, dans l'espoir de donner ordre et sens à sa propre vie. Cette entreprise héroïque, à la portée universelle, devient ainsi un acte de foi dans la grandeur de la littérature.


Revue de presse

Martine Laval - Télérama du 24 mai 2006

La ville pourrie, c'est Boston, Massachusetts. Mais ce pourrait être une autre ville des Etats-Unis, de France, d'Europe, enfin une de ces cités du monde occidental - libéral - qui étale sa prospérité et ignore avec superbe la misère qui s'y love en silence. Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie est un récit. Un texte-déflagration qui se veut authentique et raconte au plus près la vérité d'hommes et de femmes devenus, un jour, comme ça, des déchets, des hors-circuit de la société de consommation. Aujourd'hui, on parle propre. On dit SDF. On dit c'est le destin. On tourne la page. On oublie. Les pages que propose l'Américain Nick Flynn ne sont pas de tout repos. Elles frappent fort, obligent à pénétrer une intimité, celle de l'auteur, celle des gens de la rue. Pas de voyeurisme. De la réalité brute. Ado, Nick Flynn ne fut pas un ange, plutôt un délinquant. La quarantaine venue, il écrit comme un dieu, se met en scène à mots précis, avance par réminiscences, couche des fragments, recolle des morceaux, dessine une cohérence à une existence en puzzle. Il cherche son père, envolé quand il était gosse. Des images diffuses le hantent. Ses souvenirs ne sont que des questions. Pourquoi le père est-il parti ? Pourquoi la mère s'est-elle suicidée ?... Nick Flynn a pris les rêves de son père, s'est fait poète : «Je ne veux pas écrire de roman. La poésie est plus proche de la réalité. Je m'y abandonne et j'y découvre une tension. Une tension qui à la fois m'élève et me laisse les pieds sur terre. Et puis, la poésie - qui se vend si peu - est en dehors du système économique. Et cela, ça me plaît. J'aimerais croire que je suis toujours un marginal !»...

Emilie Trevert - Le Point du 6 avril 2006
«Nombreux sont les pères absents. Ils partent, on les quitte. Certains reviennent, méconnaissables, affamés. Seul le chien se souvient.» «Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie» est l'histoire des destins croisés d'un fils et de son père inconnu. Avec ce premier roman, Nick Flynn, 45 ans, écrivain américain connu pour ses recueils de poèmes, signe un récit à la fois cru et poétique, décapant et pudique. Cette histoire, c'est celle de l'auteur lui-même et de son père, retrouvé SDF dans un foyer de Boston. Aux Etats-Unis, on appelle ce genre un «memoir», comprenez un travail de remémoration...

Frédéric Vitoux - Le Nouvel Observateur du 30 mars 2006
Il se trouvera sans doute des lecteurs pour apprécier avec modération l'apparente provocation du titre de ce livre : «Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie» (assez fidèlement traduit de l'américain«Another Bullshit Night in Suck City»). Ils auront tort. D'emblée, le récit de Nick Flynn s'impose par sa nécessité, sa violence, sa douleur et sa densité poétique. L'auteur s'y souvient de son enfance, de sa famille, de son père surtout. Autant d'éclats de mémoire, d'échardes restées plantées dans sa chair ; autant de paragraphes ou de brefs chapitres tour à tour lyriques, hallucinés, méticuleux, glacés, impitoyables comme un procès-verbal ou un rapport de dissection. Rien d'abstrait, jamais, chez Nick Flynn. Des faits. Des mots. C'est tout. Mieux : c'est justement parce que Flynn colle au plus près de sa réalité, décrit les bas quartiers de Boston, les sans-abri, l'alcoolisme, la mythomanie, la drogue, la violence et les illusions perdues de chacun, qu'il peut rejoindre les grands mythes, tutoyer le Noé biblique qui apparut nu devant son fils ou le roi Lear au bout de la déchéance, retrouvant ainsi une des voies royales de la littérature, le roman d'éducation...

Autant dire que ce livre magnifique est d'une parfaite noblesse. Le rêve dérisoire du père d'écrire enfin «le Grand Roman américain», son fils ne le reprendra pas à son compte. Mais son récit éclaté nous rappelle que la littérature, dans sa plus haute exigence, est d'abord une planche de salut.

Bruno Corty - Le Figaro du 30 mars 2006
C'est un livre brutal, blessé, cruel. Un livre dont certains mots vous brûlent les yeux, vous incendient le coeur. Le livre d'un poète de 46 ans marqué au fer rouge par le suicide de sa mère, alors qu'il avait vingt-deux ans, et par la quête d'un père alcoolique, mythomane et SDF dont il était séparé depuis la naissance.

Nick Flynn est cet ovni littéraire qui nous tombe dessus sans crier gare et provoque, chez Gallimard, l'enthousiasme d'un Aurélien Masson, trente ans, patron de la Série Noire nouvelle manière et pourvoyeur de textes originaux pour la collection «Du monde entier». Un enthousiasme partagé en haut lieu pour qu'un titre aussi trash que Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie soit accepté. Et vendu avec la photo d'un vieux hippie en costume cravate, le dos plié comme un arbre malade...

Avec ce récit construit dans un savant désordre, mélange de courts textes, de lettres, de dialogues, de monologues, Nick Flynn fait le pari de retranscrire le chaos de sa vie et de celle de ses parents, de sa naissance, en 1960, à aujourd'hui. Il montre qu'inconsciemment, père et fils ont suivi des routes parallèles, s'égarant dans l'alcool, la petite délinquance, cherchant dans l'écriture une bouée de sauvetage... Nick Flynn a tenté de saisir et d'accepter ce père exhibitionniste, grande gueule, mythomane, ce clochard élégant, ce survivant de la rue et de la débine. Il a été jusqu'à imaginer l'enfance de cet homme mal aimé de son propre père. Il a compris la peur qui le rongeait. Il a refusé de lui ressembler. Il a écrit à sa place. Les dernières pages de ce récit, comme celles du dernier roman de Bret Easton Ellis sur son père, vous brisent le coeur en mille morceaux.

Josyane Savigneau - Le Monde du 24 mars 2006
Avec un tel titre, Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie, et cette épigraphe du Beckett de Fin de partie - "Hamm : Salopard ! Pourquoi tu m'as fait ? Nagg : Je ne pouvais pas savoir (...) Que ce serait toi" -, on peut s'attendre à être bousculé par ce livre. Et on l'est, de chapitre en chapitre, des années 1950 à la fin du XXe siècle, d'un asile pour SDF de Boston à une petite ville côtière un peu plus au sud, de Paris à Tanger. Une structure complexe - "un peu en hommage à Moby Dick", souligne Nick Flynn -, mais qui n'égare jamais le lecteur, tenu en éveil par un style puissant.

Nick Flynn, 45 ans, est traduit pour la première fois en français... Avant d'enseigner un semestre par an à l'université de Houston (Texas), Nick Flynn a été électricien, marin, éducateur. De 1984 à 1990, il a travaillé avec les sans-abri, dans le foyer de Pine Street, à Boston, qui tient une place importante dans son livre. D'où, parfois, une incompréhension sur la nature de son texte, qui n'est pas un témoignage ou un document sur la misère urbaine, mais un récit personnel, une recherche d'identité, une méditation sur la filiation.

De sa vie familiale tumultueuse - ses parents ont divorcé quand il était un tout jeune enfant et sa mère s'est suicidée quand il avait 22 ans - Nick Flynn ne fait pas une histoire de misère, de chagrins, de désastre, mais une aventure existentielle dont il lui faut comprendre le sens, en littérature et par la littérature qui l'a nourri, de Shakespeare à Beckett, en passant par Melville et Faulkner...